La Sécurité sociale ou « Don’t Tell My Heart »

Je me suis récemment trouvée incrédule en lisant un post sur Facebook dans un groupe de traileurs et ultra-traileurs nord-américains. Un gars se plaignait que sa femme lui demandait de consulter un médecin avant de faire sa première course de cent miles – c’est-à-dire environ 170km. Parce que, oui, en Amérique, sur la plupart des courses (toutes distances confondues) il n’est pas demandé de fournir un certificat médical. Dans la course comme dans les affaires, les choses sont souvent assez simples : grosso modo, tu paies et tu fais comme tu veux – oh, et tu signes une décharge qui dit que tu ne porteras pas plainte s’il t’arrive quelque chose…

J’avoue avoir déjà pensé que l’obligation de fournir un certificat médical pour une petite course (ou un cours de danse récréatif…) était un peu exagérée, mais comme tout sportif qui se respecte – et qui a quand même besoin de son certificat médical – je me rends tous les ans chez le médecin pour une petite révision générale. Mon médecin est génial et me suit depuis mon arrivée en Rhône-Alpes il y a plus de dix ans. Elle prend son temps, discute et donne vraiment l’impression de s’intéresser à ma vie. A chaque fois, elle demande comment se sont passées mes courses précédentes et ce que je prépare pour la saison à venir, les distances et l’entrainement. Bref, elle fait son travail de médecin, avec en plus une touche humaine très appréciée.

Mais, lors de mon contrôle l’été dernier, elle a froncé du sourcil en m’écoutant le cœur.

Souffle au coeur

Source : decasweb.online.fr/CARDIO/SOMsouff.htm

Ce n’était pas bien rassurant. Puis, elle m’a dit entendre un petit souffle. Ah oui, celui-là. Je l’ai déjà rencontré, lui, quand j’étais encore étudiante. On me l’avait détecté, écouté, puis rassurée qu’il n’était pas bien méchant. Et il s’était tu pendant une bonne dizaine d’années. Le voici donc revenu et me voici sortie de la consultation avec – en plus de mon certificat médical validé – une ordonnance pour une échographie du cœur chez le cardiologue du sport. Le docteur m’a dit que ce n’était pas particulièrement urgent.

C’était la fin juillet, j’avais encore plusieurs grands objectifs dans ma saison 2016, dont les Templiers et la SaintéLyon. Étant donné que j’avais déjà fait une échographie du cœur en 2001 et que mon médecin ne semblait pas préoccupé outre-mesure, je me suis confortée dans mon choix d’attendre la fin de la saison pour consulter le cardiologue.

Joc SainteLyon

Dernière course de la saison

Ma saison finie, la fin d’année passée, puis la nouvelle saison commencée, il était plus que temps que je prenne rendez-vous. C’est donc début avril que je me suis rendue à la médecine du sport à l’Hôpital Sud de Grenoble pour cette fameuse procédure toute somme assez banale.

J’ai été prise en charge par un gentil cardiologue qui m’a effectivement confirmé qu’il vaut mieux consulter un spécialiste « du sport » pour ce genre de pathologie car, parfois, ce qui est inquiétant pour un cardiologue « classique » est, en fait, très courant pour un cardiologue « du sport ».

Le cœur d’athlète

Car oui, nos corps s’adaptent à notre pratique sportive et – en plus du « pied » – le « cœur d’athlète » existe pour de vrai. En effet, des changements physiologiques apparaissent couramment chez les athlètes qui font plus d’une heure de sport par jour presque tous les jours. En tant qu’athlètes d’endurance, les traileurs et ultra-traileurs sont donc souvent concernés.

N’étant ni cardiologue, ni francophone d’origine, je ne vais pas m’élancer dans une description médicale détaillée. Il suffit de dire que le cœur d’athlète implique souvent des symptômes comme la bradycardie – un rythme cardiaque au repos plus lent que la normale (entre 40 et 60 battements par minute au lieu d’entre 60 et 100 pour un adulte « normal ») ; une augmentation de la masse musculaire du cœur, la taille du ventricule gauche et l’épaisseur de la paroi de ce dernier ; un souffle systolique (comme bibi) ; et des bruits cardiaques inhabituels.

Coeur d'athlete

Source : tpe-romain-jason.e-monsite.com/pages/fonctionnement-du-coeur/2-specificites-d-un-coeur-de-sportif.html

En soi, le cœur d’athlète ne pose pas de problème et reflète simplement les changements et adaptations du corps en lien avec une pratique sportive intense. Il est cependant très important de s’assurer que le syndrome ne cache pas une autre pathologie plus grave, comme une hypertrophie cardiaque, par exemple…

Cardiomyopathie hypertrophique

La cardiomyopathie hypertrophique est une maladie cardiaque qui touche environ 1 personne sur 500, soit une pathologie assez répandue dans la population ! Nous avons toutes et tous entendu les histoires terribles de coureurs qui meurent subitement en course. Pas tous, mais certains décès sont dus à cette pathologie et les personnes qui en souffrent ne le savent souvent même pas. C’est en tout cas la première cause de mort subite chez les jeunes athlètes aux États-Unis. Ceci dit, tous ceux atteints de la maladie ne mourront pas subitement – l’important reste de dépister la maladie avant qu’il ne soit trop tard.

Cardiophyopathie hypertrophique

A gauche : cœur normal ; à droite : cœur atteint de cardiomyopathie hypertrophique Source : http://www.icpcardio.fr

Certaines personnes atteintes de cardiomyopathie hypertrophique sont sans symptômes ; d’autres ont des signaux d’alertes : essoufflement ; rythme cardiaque irrégulier ou palpitations ; étourdissements ; ou douleurs thoraciques. Les causes peuvent être génétiques, mais la maladie peut aussi surgir sans précurseurs familiaux. Il peut affecter autant l’enfant, l’adulte ou les personnes âgées.

Étant donné les risques liés à cette maladie, la pratique d’un sport d’endurance n’est pas préconisée, mais il n’est pas toujours nécessaire d’arrêter toute activité physique. La maladie peut être traitée avec des médicaments. Dans tous les cas, il vaut mieux être suivi par un bon cardiologue et pris en charge dans de bonnes conditions.

Vive la Sécu !

Tout ça non pas pour faire peur, mais pour dire à quel point nous sommes chanceux de vivre dans un pays où l’accès à des médecins, dépistages et soins de qualité est si facile. J’ai longtemps cru que l’obligation de fournir un certificat médical de « non contre-indication à la pratique du trail/course à pied en compétition » était un peu exagérée. C’est surement mon côté nord-américain, septique, et qui voit la peur de procès un peu partout. Mais, finalement, je me dis que si l’obligation de voir un médecin une fois dans l’année permet de dépister un certain nombre de maladies, d’entendre un certain nombre de souffles au cœur voire même d’empêcher une seule mort en course, cela ne mange pas de pain d’aller voir le médecin.

En tant qu’expatrié, on a parfois des moments de doute, des choses qui nous manquent, voire occasionnellement une fâcheuse tendance à la nostalgie du pays. Mais, pour ma part, plus je passe de temps à l’étranger, plus je suis mise devant l’évidence lorsque je retourne en Amérique du Nord qu’il y a des choses très bien en France. Et parmi celles-ci la Sécurité sociale figure très haut sur le podium…au-dessus même du Sancerre et du Côte de Beaune, du Roquefort et des tommes de chèvre – c’est dire comme une perspective peut évoluer avec le temps !

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Il faut un début à tout

Ça y est, je saute le pas. Cela fait un moment que je rumine l’idée de canaliser mon enthousiasme pour le trail dans un blog, voici chose faite.

Joc Uglow 2

Ce à quoi ressemble un heureux mélange de langues et de cultures

La question devient alors par quel bout commencer ? De par ma double identité – Canadienne (anglophone) mais habitant en France depuis déjà un bon moment – j’ai d’abord voulu faire un blog bilingue. Il aurait été le reflet de ma personne : un heureux mélange de langues et de cultures qui se côtoient au quotidien. Il s’avère cependant que cela soit encore un peu compliqué techniquement, c’est pourquoi j’ai finalement créé une version anglaise du blog et celui-ci donc en français. Cela ne résoudra en rien le brouhaha multilingue dans ma tête, mais j’espère que cela l’évitera un peu pour mes lecteurs !

Alors pourquoi avoir gardé le même titre pour deux blogs distincts ? Enfin, je ne pouvais pas tout renoncer non plus. Aussi, je ne prévois pas de traduire systématiquement mes articles : certains posts apparaîtront en une langue seulement, d’autres, parfois (rarement ?), dans les deux. Il y a des choses qui intéresseront le lectorat anglophone mais pas forcément les francophones, et inversement. Les informations largement connues au sein d’une communauté ne le sont pas forcément dans l’autre. Et, enfin, parce que j’ai parfois simplement envie d’écrire dans ma langue maternelle (l’anglais) ou dans ma langue d’adoption (le français) – pour lequel vous me pardonnerez, chers lecteurs et lectrices francophones, mes petites fautes occasionnelles. Si vous lisez également l’anglais, je vous encourage à vous abonner aux deux blogs afin de suivre les actualités des deux – ou à liker et suivre la page Facebook qui, elle, est commune aux deux blogs.

Alors, à quoi peut-on s’attendre sur Trailsaway.fr ?

Des coups de cœur, des coups de gueule, des récits de course, des idées, des questions et des questionnements – bref, à tout ce qui touche au trail, à ma passion pour ce sport, à mes aventures dans la nature et à ce qui me fait rêver dans notre sport.

Cela ne fait que trois ans que j’ai découvert la course nature mais j’ai passé tellement de moments forts, fait de rencontres inoubliables et visité de beaux endroits que je ne voulais plus garder tout ça pour moi seule (…et, à vrai dire, je commençais peut-être aussi à saouler un peu mon entourage non sportif). Du coup, le voici.

Tels nos débuts en course à toutes et tous, ce blog prendra sûrement quelques temps à trouver son souffle et son rythme. J’espère que vous m’encouragerez et, qu’au bout du compte, on y prendra toutes et tous plaisir à partager et échanger nos exploits et nos idées !

Vive le trail !Joc Upie